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Un colis pour Cuba (2e partie)



Laurentides, semaine du 19 juillet 2021


Je sors de la douche que j’ai prise pour me réchauffer après m’être baignée dans le lac.

J’ai mis du chauffage dans le chalet, mais je résiste encore à l’idée d’allumer un feu dans le poêle à bois. La nuit tombe. Je surveille Messenger, car je n’ai pas de nouvelles de Manuel depuis une semaine et cela m’inquiète…


Je m’empresse de lui écrire dès que je vois qu’il est en ligne:

« Comment vas-tu?

- Je fais de la fièvre depuis 11 jours; je suis découragé.

- As-tu de la difficulté à respirer?

- J’ai mal au dos, mais je ne me sens pas essoufflé.

- Et tes parents, comment vont-ils? »


Manuel ne me répond pas…


« Comment vont tes parents?

- Ils sont faibles… »


Il m’explique qu’il est inquiet pour son père, qui a des problèmes pulmonaires

chroniques parce qu’il fume le cigare.


Il m’apprend que son autre soeur est maintenant positive. Ainsi que son mari. Et leur fils.


« Manuel, je me sens tellement impuissante…

- J’ai besoin de médicaments. On n’a rien ici, même pas d’acétaminophène. Peux-tu m’aider?

- Je peux t’envoyer des médicaments par la poste, mais ça n’arrivera jamais à temps!

- Claro, mais ma famille est grande, et des gens malades, il y en aura d’autres. Ici, la COVID est partout! »



Je me suis rendue à la pharmacie dès le lendemain matin. J’ai acheté plusieurs bouteilles d’acétaminophène format familial, du sirop antitussif, des thermomètres, un saturomètre et des boîtes de masques N-95. J’ai réussi à obtenir des comprimés de prednisone et quelques pompes de stéroïdes en inhalation, ainsi que du salbutamol. J’ai pris une feuille de papier et j’ai écrit des instructions en espagnol.


Puis, je suis allée au bureau de poste.


Mon état de fébrilité perturbe la routine paisible de l’employée du comptoir postal.


« Dans combien de temps le paquet devrait-il arriver? »


Elle soupire, consulte son écran d’ordinateur, et me répond avec le ton de celle qui a beaucoup d’expérience dans le métier: « Dans 6 à 12 jours. »



Avec mon cellulaire, j’ai envoyé une photo du colis et de son contenu à mon ami, et j’ai écrit: « Les médicaments vont arriver dans 6 à 12 jours. »

ll faut de la pensée magique pour envoyer par la poste un colis de médicaments dans une petite ville de Cuba alors que le pays est ravagé par l’épidémie et que les gens n’ont rien pour se soigner!… Il se pourrait très bien que l’envoi n’arrive jamais à destination. Mais si Manuel peut s’accrocher au fait que des médicaments sont en route, peut-être que cela contribuera à le réconforter? Peut-être même que cela pourrait avoir un effet bénéfique sur sa santé?


En tout cas, cela m’a donné à moi l’illusion d’avoir les moyens nécessaires pour agir et je me suis sentie soulagée.


***


Laurentides, jeudi 29 juillet 2021


« Amiga, estamos un poco mejor. » Nous allons un peu mieux.


Manuel précise qu’il ne fait plus de fièvre, que sa douleur au dos s’estompe. Ses parents récupèrent progressivement. Sa femme ressent toujours beaucoup de fatigue. Il y a plusieurs nouveaux cas dans sa famille.


« Manuel, te souviens-tu de ce que je t’avais écrit l’automne dernier: "Les touristes vont vous apporter de l’argent, mais ils emmèneront aussi la maladie et la mort…"

- Je m’en souviens. »


***


Vendredi 3 septembre 2021


« Ya tengo los medicamentos. »


Les médicaments sont arrivés.



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